Schéma pluriannuel de mise en accessibilité numérique 2026-2028

Sommaire

Introduction

Dès 2016, l’Université de Strasbourg s’est dotée d’un Schéma Directeur Pluriannuel du Handicap (2016-2020). Ce dernier était structuré en quatre axes, dont le troisième traitait de l’accessibilité des services offerts, dont les services numériques.

Une réflexion sur l'apport des nouvelles technologies afin de pallier les difficultés d'accès aux savoirs pour les publics empêchés a été menée par les différentes directions de l’époque.

Concrètement, la question de l’accessibilité des services numériques est alors devenue une orientation incontournable des actions menées par les différents acteurs du numérique, et en particulier l’actuelle Direction du Numérique (DNum).

La nomination en décembre 2025 de deux Référents Accessibilité Numérique (RAN) au sein de la Direction du Numérique (DNum) témoigne de la volonté de l'établissement d'opérationnaliser cette stratégie. En collaboration avec les référents handicap et la mission handicap, ils ont pour mission d’aider au quotidien mais aussi de conduire des actions d’amélioration des services numériques à destination des personnes en situation de handicap ou à besoins particuliers. Cet engagement pour l’accessibilité a par ailleurs été récemment réaffirmé dans le Schéma Directeur du Handicap 2026-2030 qui a été adopté par le Conseil académique le 17 février 2026.

L’Article 47 de la Loi n°2005-102 du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes, complété par le Décret n°2019-768 du 24 juillet 2019 relatif à l'accessibilité aux personnes handicapées des services de communication au public en ligne, rendent obligatoire à tout service de communication publique en ligne d’être accessible à tous.

Plus précisément, selon la loi citée ci-dessus :

L'accessibilité des services de communication au public en ligne concerne l'accès à tout type d'information sous forme numérique, quels que soient le moyen d'accès, les contenus et le mode de consultation, en particulier les sites internet, intranet, extranet, les applications mobiles, les progiciels et le mobilier urbain numérique pour sa partie applicative et interactive. Elle est mise en œuvre dans la mesure où elle ne crée pas une charge disproportionnée pour l'organisme concerné.

Source : Loi n° 2005-102 du 11 février 2005

Qu’est-ce que l’accessibilité numérique ?

L’accessibilité numérique est définie comme suit dans le Référentiel Général d’Amélioration de l’Accessibilité (RGAA 4.1.2) : L’accessibilité numérique consiste à rendre les contenus et services numériques compréhensibles et utilisables par les personnes en situation de handicap.

Le RGAA est édité par la Direction Interministérielle du Numérique (DINUM) et suit les préconisations du World Wide Web Consortium (W3C) par le biais des Web Content Accessibility Guidelines (WCAG) qui développe des standards internationaux pour le Web. Le W3C offre une définition élargie, en précisant que :

L’accessibilité du web signifie que les sites web, les outils et les technologies sont conçus et développés de façon à ce que les personnes handicapées puissent les utiliser. Plus précisément, les personnes peuvent :

  • percevoir, comprendre, naviguer et interagir avec le web
  • contribuer sur le web

L’accessibilité du web comprend tous les handicaps affectant l’accès au web, en particulier le handicap :

  • auditif
  • cognitif
  • neurologique
  • physique
  • de la parole
  • visuel
Source : Introduction à l’accessibilité du web

L'importance de la chaîne d'accessibilité (parcours usager)

L’accessibilité numérique ne s'évalue pas uniquement à l'échelle d'un outil informatique isolé, mais sur l'ensemble du parcours de l'usager. Une chaîne d'accès numérique n'est en effet aussi forte que son maillon le plus faible. Ainsi, rendre une application métier ou une plateforme pédagogique parfaitement accessible est vain si la porte d'entrée obligatoire pour y accéder (comme la page d'authentification centralisée — CAS — ou le gestionnaire d'identité) ne l'est pas. Penser l'accessibilité implique donc de sécuriser l'intégralité du chemin critique de l'utilisateur.

Obligations légales

Pour faciliter la mise en accessibilité des sites et services numériques, la DINUM édite le référentiel général d’amélioration de l’accessibilité dont la version en vigueur est la RGAA 4.1.2.

Le point IV de la l’article 47 évoqué ci-dessus rappelle que : La page d'accueil de tout service de communication au public en ligne comporte une mention clairement visible précisant s'il est ou non conforme aux règles relatives à l'accessibilité. Tous ces services de communication au public en ligne donnent aisément et directement accès à la déclaration d'accessibilité, au schéma pluriannuel de mise en accessibilité et au plan d'actions de l'année en cours et permettent facilement aux usagers de signaler les manquements aux règles d'accessibilité de ce service.

Pour l’établissement, remplir ses obligations légales consiste a minima à :

Contexte

Contexte stratégique

Si la période 2016-2021 a permis de poser les premiers jalons malgré un contexte sanitaire et organisationnel complexe, l'année 2026 marque un tournant stratégique. Ce SPAN 2026-2028 ne constitue pas une initiative isolée. Il s’inscrit à la convergence de deux feuilles de route stratégiques majeures de l’établissement, marquant le passage d'une phase de sensibilisation à une phase d'opérationnalisation.

  1. L'alignement avec la stratégie numérique. Le Schéma Directeur du Numérique (SDN 2023-2028 adopté en décembre 2023) pose le constat lucide, dans sa "Valeur n°4" , qu’une partie significative du parc applicatif ne répond pas encore aux exigences légales. Le SDN mandate alors explicitement la Direction du Numérique pour établir le SPAN ciblant les services numériques essentiels. Il entérine également l'adhésion de l'université à la Charte de l’Institut du Numérique Responsable (INR), dont l'accessibilité est l'un des cinq piliers.
  2. L'articulation avec la politique handicap. Le nouveau Schéma Directeur Handicap (SDH 2026-2030) consacre son "Axe 2" à l'objectif de "Rendre accessibles les services : numérique et bâti". Il appelle à dépasser la simple compensation individuelle pour "ancrer des automatismes" et "penser l'accessibilité en amont" des projets (Accessibilité "By Design").
  3. Une réponse à la massification des besoins. Ce contexte institutionnel favorable répond à une urgence de terrain. Avec 1 946 étudiants en situation de handicap recensés en 2024-2025, l'établissement fait face à une augmentation de 12 % de ces effectifs en un an. La diversité croissante des profils (troubles dys-*, TND, troubles psychiques) rend indispensable la mise en conformité de nos outils numériques pour garantir l'égalité des chances et l'autonomie des usagers.

Dynamique actuelle et réalisations socles

S'appuyant sur les jalons posés par le précédent schéma, l'établissement a engagé une dynamique de structuration. Si les outils techniques progressent, l'expérience récente démontre que la formation et la sensibilisation sont les véritables clés de voûte pour garantir une accessibilité durable.

Axe 1 : La mise en conformité et le devoir de lucidité

La refonte du site institutionnel unistra.fr, mis en ligne en novembre 2025, constitue un apprentissage majeur. Bien que conçu avec une ambition d'ergonomie (police dyslexie, contrastes...), les premiers résultats (taux de 48%), en deçà des attentes initiales, illustrent la nécessité d’accompagner les services faisant appel à des prestataires sur la partie accessibilité.

Une amélioration significative a été réalisée sur le portail de connexion CAS par le Pôle Développement, intégration et paramétrage (DIP) lors de la mise à jour de sécurité de décembre 2025.

Parallèlement, sur le plan des infrastructures, la migration progressive du parc informatique vers Windows 11 permet désormais à l'ensemble des personnels et étudiants de bénéficier des outils d'accessibilité natifs du système d'exploitation.

Axe 2 : La formation comme levier de performance

Pour dépasser les écueils techniques, l'accent est mis sur la montée en compétence de tous les acteurs. Au-delà des formations techniques dispensées aux équipes de la DNum, l'effort s'est massivement porté sur l'accompagnement des contributeurs :

Axe 3 : Sensibilisation et expertise d'usage

De nouveaux services sont proposés régulièrement aux usagers de l’établissement. De plus, d’anciens projets font l’objet de refontes techniques et ergonomiques régulières, le plus souvent en incluant des modifications permettant d’aller vers une meilleure accessibilité globale.

Ces chantiers ont ponctuellement été rendus possibles par la constitution de panels d’utilisateurs (essentiellement étudiants) en situation de handicap et pilotés par la Mission handicap du Service de la vie Universitaire (SVU).

Côté sensibilisation, le guide interactif Scenari pour la création de documents accessibles est disponible, mais son appropriation par les services reste à renforcer.

Axe 4 : La valorisation des bonnes pratiques

Dans une logique de promotion du RGAA et des bonnes pratiques associées, la DNum a nommé "3 référents handicap / accessibilité" au sein de ses effectifs. En outre, une mission de "chargé de l’accessibilité des services" a initialement été créée en 2023 au sein du département Accompagnement Usagers et Projets (AUP) de la direction puis relocalisée en 2025 au sein du DIP où elle est désormais portée par deux RAN.

Schéma pluriannuel de mise en accessibilité numérique 2026-2028

Pilotage

La gouvernance de l'accessibilité numérique s'articule autour de deux niveaux d'intervention pour garantir à la fois une vision stratégique et une réactivité opérationnelle.

Le Comité de Pilotage (CoPil) Accessibilité

Instance décisionnelle dédiée, ce comité se réunit deux fois par an. Il valide la feuille de route, arbitre les priorités budgétaires (notamment l'usage des fonds FIPHFP ou IdEx) et évalue l'avancement du SPAN. Il est animé par les RAN de la DNum et composé de :

Articulation avec la gouvernance institutionnelle

Pour assurer la cohérence globale, ce CoPil, même s’il reste souverain dans ses décisions, s'inscrit en déclinaison opérationnelle des grandes orientations fixées par :

Suivi opérationnel

Au quotidien, la mise en œuvre est assurée par les RAN en lien direct avec les équipes techniques (DIP/DCWeb) et les correspondants fonctionnels. Des points d'étape bimestriels permettront de suivre la correction des audits et la montée en compétence des équipes.

Des groupes de travail sur des thèmes spécifiques pourront être organisés afin de faire avancer des points remontés par le CoPil ou par les usagers. Leur composition et leur fréquence de réunion seront pilotées par le CoPil accessibilité.

Stratégie et plan d'actions

Information :

Les quatre axes ci-après définissent les orientations stratégiques de l'établissement pour la période 2026-2028. Afin de préserver la réactivité nécessaire au pilotage opérationnel et de s'adapter aux arbitrages annuels, les actions découlant de ces axes ne sont pas décrites ci-dessous. Elles sont déclinées, planifiées et révisées chaque année dans un Plan d'Action Annuel dynamique.

Axe 1 : Mise en conformité des services numériques essentiels

Conformément aux priorités définies par le SDN, l'effort de mise en conformité se concentre sur les services "incontournables", c'est-à-dire ceux dont l'usage est indispensable au quotidien de la communauté universitaire. Dans cette logique de parcours usager, la priorité absolue est donnée à la chaîne d'accès globale : un outil métier ou pédagogique conforme n'a d'utilité réelle que si le portail d'authentification qui le précède l'est également. L'objectif n'est pas seulement l'audit réglementaire, mais la remédiation effective (corrections techniques) pour garantir un taux de conformité légal et un confort d'usage réel pour toutes et tous.

Le périmètre prioritaire (Les "Incontournables")

Cinq services critiques, couvrant l'ensemble des profils usagers de l'Université, sont ciblés pour la période 2026-2028 :

État des lieux et feuille de route opérationnelle

Méthodologie standardisée

Pour chaque objet du périmètre, le cycle de mise en conformité suivra strictement les étapes réglementaires :

  1. Audit initial (par un tiers expert ou en interne).
  2. Publication de la déclaration d'accessibilité (affichage du taux de conformité sur la page d'accueil).
  3. Plan de remédiation : Calendrier des corrections techniques et éditoriales.
  4. Contre-audit de vérification.

Financement

Les audits et les prestations de remédiation sont financés prioritairement par les fonds dédiés de l'IdEx ou, pour les actions liées à l'accompagnement, par la convention FIPHFP.

Axe 2 : Surveillance et amélioration continue par échantillonnage

Si l'Axe 1 concentre les efforts sur les "gros porteurs", l'obligation légale de surveillance impose une vigilance sur l'ensemble de l'écosystème numérique. Pour éviter l'effet tunnel et garantir une expérience cohérente pour toutes et tous, un mécanisme de vérification rotatif est mis en place.

La stratégie de l'échantillonnage annuel

Plutôt que de tenter un audit exhaustif et irréaliste de l'ensemble du parc web, le CoPil Accessibilité sélectionnera chaque année un échantillon représentatif de 4 nouveaux services à auditer. Cette méthode permet de cartographier progressivement la conformité de l'établissement et d'identifier les services nécessitant un appui prioritaire.

Critères de sélection et actions

Le choix des cibles annuelles s'appuiera sur une répartition équilibrée afin de couvrir la diversité des besoins de la population universitaire :

Les actions clés associées à cet axe sont les suivantes :

Gestion de la charge

Afin de garantir un rythme soutenable, le CoPil pourra ajuster le volume de cet échantillonnage si la charge de remédiation sur les services existants le nécessite, évitant ainsi tout risque de saturation des équipes techniques.

Axe 3 : Développement de la culture et des compétences

Si la mise en conformité technique (Axes 1 & 2) est indispensable, elle reste vaine si les contenus produits quotidiennement par les contributrices et contributeurs ne sont pas accessibles. Conformément à l'Axe 3 du SDH, l'objectif est de développer une véritable culture inclusive au sein de l'établissement en agissant sur deux leviers : la formation professionnelle et l'événementiel de sensibilisation.

La formation comme levier de compétence durable

L'enjeu est d'autonomiser la communauté de production de contenus (population étudiante, corps enseignant et personnels administratifs) et de faire monter en expertise les équipes techniques :

La sensibilisation pour ancrer les réflexes

Au-delà de la formation, l'acculturation passe par des actions de visibilité régulières et des outils d'aide au quotidien, soutenus par la convention FIPHFP.

De plus, l’adhésion de l’établissement à l’APRANESR permet de bénéficier de plusieurs webinaires thématiques tout au long de l’année sur la mise en accessibilité des supports.

Feuille de route opérationnelle

Formation et Expertise :

Sensibilisation et Outillage :

Financement

Les actions de formation et de sensibilisation (notamment les supports de communication et l'événementiel GAAD) sont éligibles aux financements de la convention FIPHFP 2025-2027, qui flèche des crédits spécifiques pour l'accompagnement au changement.

Axe 4 : Accessibilité par le design

L'expérience du précédent mandat démontre que corriger l'accessibilité a posteriori coûte plus cher et prend plus de temps que de l'intégrer dès la conception ("By Design").

Conformément à la valeur n° 2 du SDN 2023-2028 (Efficience et cohérence), l'objectif est d'industrialiser la prise en compte de l'accessibilité dans tous les projets numériques, qu'ils soient développés en interne ou achetés auprès de prestataires.

La commande publique comme premier filtre de qualité

Une part significative des services numériques est acquise via des marchés publics. L'exigence de conformité RGAA doit devenir un critère discriminant lors du choix des solutions, et non une option contractuelle.

Méthodologie projet et outillage interne

Pour les développements réalisés par la DNum, l'accessibilité doit devenir un standard de production incontournable à chaque étape des projets :

L'expertise d'usage au cœur de la conception

La conformité technique ne suffit pas toujours à garantir l'utilisabilité réelle. Conformément à l'Axe 2 (Projet 8) du SDH, la DNum s'appuiera sur l'expérience directe des personnes concernées :

Financement

Cet axe repose essentiellement sur l'ingénierie interne (temps homme DNum). Les tests utilisateurs (vacations au sein de la population étudiante) sont éligibles aux financements prévus par le SDH ou la convention FIPHFP.

Actions non rattachées à un axe

Moyens et ressources engagées

La mise en œuvre de ce schéma pluriannuel repose sur une articulation précise entre la mobilisation des compétences humaines et le levier des financements externes.

Ressources humaines

L'expertise interne : la réussite du SPAN dépend avant tout de la synergie entre les différents acteurs et actrices de l'établissement :

Ressources financières

Afin d'optimiser l'utilisation des fonds propres de l'établissement, le financement des actions est ventilé selon la nature des dépenses :